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Le 01/07/2006, 00:00:00 > Articles

Recherches sur les mortalités d’abeilles et prévention des risques liés aux insecticides. Abeilles, pesticides et… ce qu’on sait neuf ans après

Il n’est pas imaginable d’aborder l’impact des pesticides sur les abeilles sans évoquer le cas du Gaucho. Le Gaucho (substance active : imidaclopride) est un insecticide chloronicotinique bloquant les récepteurs de l’acétylcholine chez les insectes. En 1997, plusieurs apiculteurs de l’Ouest de la France ont accusé ce produit d’entraîner des disparitions massives d’abeilles se traduisant par une baisse considérable du rendement en miel de tournesol. L’imidaclopride et ses produits de dégradation sont effectivement des produits hautement toxiques pour les abeilles, cependant, leur implication dans l’origine de ces pertes d’abeilles n’apparaissait pas toujours évidente. Plusieurs expérimentations de terrain furent alors entreprises, malheureusement les abeilles se soumettent mal aux règles des plans expérimentaux contrôlés. Cependant, malgré leurs imperfections, ces observations de terrain partagent deux caractéristiques communes : i) la présence à proximité des colonies observées de cultures issues de graines enrobées Gaucho® et ii) l’absence apparente de conséquences néfastes de cet environnement pour ces colonies. Ajouté à d’autres arguments, nous concluons que si l’exposition à l’imidaclopride via le tournesol issu de semences enrobées Gaucho a pu être concomitante de pertes décrites par plusieurs apiculteurs, ceci n’a pas été systématique et la relation de causalité entre ces deux phénomènes, bien que possible, n’a pas été démontrée. L’étude du risque présenté par le Gaucho élaborée dans le cadre du Comité scientifique et technique de l’étude multifactorielle des troubles de l’abeille a permis d’évaluer plusieurs scénarios aboutissant à des rapports PEC/PNEC(1) assurément préoccupants. Mais une expérience mimant le scénario affecté du facteur de risque le plus grand (consommation de nectar contaminé) n’a pas confirmé la crainte suscitée par cette étude. D’autre part, la présence d’imidaclopride au sein de plusieurs ruchers apparemment bien-portants n’accrédite pas la thèse d’une toxicité aiguë à très faible dose de ce produit (bien qu’une action chronique ne puisse être écartée). Les causes possibles de mortalité des abeilles sont variées et l’impact des micro-organismes pathogènes ne doit pas être sous-estimé. Ainsi, dans le Centre-Ouest, la piste de l’apparition en 1996-97 de résistances de Varroa destructor au produit de traitement qui s’était révélé le plus efficace jusqu’alors, aurait dû être également explorée. Ce parasite reste toujours très nocif alors que généralement les apiculteurs ne le considèrent plus aujourd’hui comme un problème majeur. Cet exposé décrit enfin les difficultés méthodologiques rencontrées dans l’approche de l’éco-toxicologie de l’abeille. À bien des égards elles sont similaires à celles auxquelles sont confrontés les évaluateurs du risque présenté par les pesticides pour l’homme. (1) Predicted environmental concentration / predicted non-effect concentration. For discussing the problem of evaluating the impact of pesticides on bees, the authors use the Gaucho (active substance : imidaclopride) question in France as an example. In 1997, several bee keepers in the west of the country claimed that this product was responsible of severe bee losses and decrease in honey production from sunflower. The toxicity of Gaucho for the honey bee and the conclusions of the fields experiments carried out since 1998 are recalled. The risk analysis of imidaclopride used for seed dressing published in 2003 by an ad hoc expert group gathered by the French ministry for agriculture, whereas very preoccupying, is not in opposition with the more reassuring conclusions of an experiment that mimicked the most risky scenario: the consumption of contaminated nectar by bees. The risk level is similarly alleviated by the observation of surveyed apiaries that were found with imidacloprid and remained however apparently healthy. Other causes of bee mortality must also be explored. On the one hand, mono-species cultures may induce food deficiency in bees. In the other hand, in the centre-west of France, the onset of resistance of Varroa destructor to fluvalinate in 1996-1997, which had been very efficient until then, should had deserved more attention. As a conclusion, the authors show that the methodological difficulties they met in bee eco-toxicology are comparable with those met by specialists in pesticide risk assessment for humans.

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